Quand l'abattoir vient à la ferme

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Notre projet

Depuis 2015, bien avant les scandales révélés dans les abattoirs et la tenue de la Commission d’enquête parlementaire sur les conditions d’abattage, nous sommes au travail.

Obtenir un droit à l’expérimentation de l’abattage à la ferme

L’objectif final de notre Collectif est de pouvoir initier une phase de test  d’abattage à la ferme avec un outil approprié (caisson d’abattage ou camion d’abattage mobile) dans une région pilote, en accord avec les éleveurs et les les services locaux de l’État.

 


Depuis sa création, notre Collectif a à cœur de pouvoir proposer un outil dont les éleveurs seraient propriétaires, que cela soit sous une forme juridique ou sous une autre. C’est pourquoi, nous estimons que pour répondre aux besoins qui nous ont été exprimés, nous orientons nos travaux autour de deux solutions techniques que nous avons identifiées comme correspondantes à nos attentes:

► L’abattoir mobile de modèle autrichien (camion Schwaiger) dont le brevet a été déposé en 1995. Ce camion modulaire est constitué du camion lui-même, et de semi-remorques d’abattage ou frigorifique. Il permet l’abattage de cochons, de moutons ou de bovins et autres animaux (avec matériel spécifique).
Celui-ci nécessiterait un investissement trois fois moins important que le modèle Suédois.

► Un « caisson d’abattage » utilisé notamment en Allemagne.
Pour ce « caisson d’abattage », il s’agit d’une remorque de saignée et de transport, l’animal pouvant être abattu au pré au matador par exemple. Ensuite la carcasse doit être transportée à l’abattoir pour la découpe, dans un délai de 60 minutes.


Toutes les questions relatives au type d’outil, au mode de financement et au déploiement sont en cours d’analyse. C’est un véritable projet collaboratif que nous entendons structurer. Cela est long.

Des atouts essentiels pour les animaux

L’absence de transport

On le sait, le transport génère un grand stress chez les animaux, parfois une véritable panique. Il faut bien comprendre que certains animaux n’ont jamais quitté leur milieu de vie et encore moins voyagé dans des bétaillères ou des camions.
On peut donc considérer que l’angoisse de la mise à mort commence dès le transport. Notons que depuis une vingtaine d’années, la disparition de petits abattoirs de proximité tend à rallonger de plus en plus les temps de transports pour les animaux.
Abattre à la ferme, c’est supprimer d’emblée cette première étape très anxiogène pour de nombreux animaux. Mais aussi :

•    Réduction du stress pré-abattage (pas d’attente prolongée en bouverie),
•    Pas de manipulations répétées de la part d’inconnus,
•    Absence de « cadences industrielles » imposées dans les gestes de mise à mort.

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Le contrôle et l’accompagnement de l’éleveur

Les scandales récents dans les abattoirs ont permis de mettre en évidence une réalité que l’on a tendance à oublier : les éleveurs ne peuvent pas accompagner leurs animaux jusqu’au poste d’abattage. Tout au plus, ils sont tolérés en bouverie, mais ne peuvent pas accompagner leurs animaux jusqu’au bout. Partant de ce constat, les éleveurs sont dépossédés de leurs animaux dès l’arrivée à l’abattoir et ne peuvent exercer aucun contrôle lors du processus de mise à mort.

La mode est aux « lanceurs d’alerte », ce sont bien les éleveurs qui devraient être les premiers lanceurs d’alerte en cas de manquements graves lors de l’abattage, mais faute de pouvoir assister à l’abattage, ils ne peuvent assumer ce rôle.

Avec l’abattage mobile, l’éleveur pourra accompagner son animal et s’assurer de la bonne mise en œuvre du processus d’abattage.
C’est une demande morale forte et de plus en plus légitime au regard des évènements récents.

Moralement, redonner du sens à l’acte de mise à mort

Enfin, la question morale ne doit pas être éludée de ce questionnement.
« Mener à l’abattoir », « envoyer à l’abattoir » ces deux expressions soulignent que l’acte de mise à mort des animaux est délégué à autrui.
Or, certains éleveurs veulent assumer moralement la mort de leurs animaux. Ils souhaitent que cette étape soit visible, ils veulent savoir.

En somme, pour les éleveurs qui veulent assumer leurs responsabilités envers les animaux jusqu’au bout, l’abattage des animaux, en soi, reste un problème que les conditions d’abattage actuelles amplifient.

Pour les éleveurs, tuer un animal n’est pas un acte anodin. On doit prendre le temps de rassurer l’animal, de l’accompagner, de lui parler, d’organiser une forme de rituel c’est-à-dire prendre le temps de lui dire Adieu sous une forme ou sous une autre. L’abattoir industriel interdit cette phase de réflexion, cadences obligent.

Dans cette logique économique, la mort n’a plus de sens, elle devient une opération industrielle comme une autre. Il s’agit donc aussi de se réapproprier la mort des animaux qui nous nourrissent.

Contraintes et blocages identifiés

Le développement de structures d’abattage mobiles représenterait une amélioration majeure pour les animaux et pour les hommes qui les élèvent.
Pourtant, cela est aujourd’hui interdit en France.
Alors quels sont les principaux points de blocage au développement de l’abattage mobile ?

Un/des modèles économiques à inventer/créer

Quelle que soit la modalité retenue, tout le monde s’accorde à reconnaitre que ce type d’abattage ne concernera jamais un volume très important d’animaux.

Pourtant, nous pensons que ces équipements, loin de concurrencer les abattoirs de proximité, en constitueraient au contraire le prolongement.
Par exemple, l’utilisation du caisson d’abattage mobile ne peut se déployer que sur la base de partenariats avec des abattoirs de proximité, qui géreront la partie aval à savoir le traitement de la carcasse.

A ce stade, il nous reste à statuer sur un ensemble de problématiques majeures permettant de définir un « modèle économique viable » : financement de l’outil d’abattage, propriété de l’outil d’abattage,  modalité et fréquences des tournées dans les fermes, régions concernées, espèces prises en charge, professionnels à recruter, évaluation précise du coût de ce type d’abattage, évaluation précise du coût de la viande issue de ces abattages etc.

Par conséquent, c’est un véritable modèle économique qui doit être inventé, expérimenté sur le terrain et pérennisé.

Les contrôles vétérinaires/sanitaires et la question environnementale

Devant la commission d’enquête parlementaire en juin dernier, le Collectif Quand l’abattoir vient à la ferme s’est vu rappelé que les abattoirs ambulants doivent respecter les mêmes règles d’hygiène et sanitaires que les autres établissements. Par conséquent, ils doivent être en mesure de :
Gérer les sous-produits d’animaux et le traitement des effluents,
– Répondre à la règlementation qui impose une inspection ante et post mortem par les services vétérinaire de l’État (estampille de la carcasse) . A ce jour, ces services d’inspection et de contrôle vétérinaire sont déjà en nombre insuffisants dans les abattoirs.
Il faudrait donc certainement envisager le déploiement de vétérinaires agrées par l’État pour effectuer ces contrôles et délivrer les agréments. Cela n’est pas irréalisable.

Une ouverture offerte par les conclusions de la commission d’enquête en septembre 2016

Quoiqu’il en soit, ces freins ne semblent pas être incontournables si l’on en croit les conclusions de la commission d’enquête parlementaire rendues publiques en septembre dernier.
En effet, ces conclusions préconisent une expérimentation de l’abattage mobile dans deux propositions :

Proposition n°25 : Suivre avec attention l’expérimentation d’un abattage à la ferme menée en Suisse et procéder à son évaluation.
Proposition n°26 : Soutenir à titre expérimental la mise en service de quelques abattoirs mobiles.

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