Quand l'abattoir vient à la ferme

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Règlementation

Des éleveurs témoignent, dans des recherches récentes, des difficultés qu’ils rencontrent lors du transport et de l’abattage de leurs animaux ainsi que, pour ceux qui commercialisent en vente directe, des difficultés qu’ils ont à récupérer l’ensemble de leurs produits.

Ils constatent en observant les comportements de leurs animaux que le transport, le changement de lieu et d’environnement social, le contexte bruyant et violent de l’abattoir engendrent sur leurs animaux stress et souffrance avant l’abattage, ce qu’ils n’acceptent pas. Ils considèrent que dans la situation actuelle,  les animaux conduits à l’abattoir sont réduits à de simples objets de production et ne sont pas respectés comme des êtres vivants dont la vie et la mort comptent.

Par respect pour leurs animaux qu’ils élèvent dans de bonnes conditions, ces éleveurs expliquent vouloir assumer leur métier d’éleveur en accompagnant dignement leurs animaux jusqu’au bout. Ils veulent ne plus avoir de raison de douter de l’origine des produits qu’ils commercialisent.

De la même façon, un certain nombre de consommateurs, de citoyens et d’associations revendiquent de connaître le système d’élevage/de production d’où sont issus les produits animaux qu’ils consomment. Ils souhaitent soutenir les systèmes d’élevage et les éleveurs respectueux de leurs animaux, de la nature et soucieux de la qualité de leurs produits.

Les uns comme les autres assument le sens moral de leurs actions et revendiquent que ce sens moral soit pris en compte dans les orientations politiques concernant l’élevage et l’abattage des animaux.

Notre objectif est d’obtenir un changement de réglementation autorisant les éleveurs, dans le respect des normes sanitaires et sécuritaires, à pratiquer un abattage à la ferme (abattoir mobile, ou local dédié in situ).

Les conditions d’abattage en France et les problèmes qu’elles posent aux éleveurs

En 2015, le nombre d’abattoirs de boucherie en France était de 263. Il  a diminué de 9 % en 5 ans (286 en 2010 à 263 en 2015). Ce sont les plus petits abattoirs qui ferment et la majorité de leur activité est reprise par des abattoirs privés. Aujourd’hui les  trois quart des abattoirs sont privés et parmi eux, 4 grands groupes se partagent l’activité d’abattage.

Ce sont les procédures industrielles d’abattage des animaux qui génèrent stress et souffrance pendant leur transport et leur séjour en abattoir. Bien souvent, que l’abattoir soit petit ou grand les procédures sont les mêmes. Les animaux souffrent pour de nombreuses raisons, clairement identifiées :

  • La durée du transport est trop longue du fait de la réduction du nombre d’abattoir et donc de leur éloignement des fermes,
  • Quand ils sont séparés des animaux avec qui ils ont vécus, quand la taille des cases d’attente est trop petite, quand ils n’ont pas suffisamment d’eau et de paille à leur disposition,
  • Quand, dans le couloir d’amenée vers la tuerie, ils sont manipulés avec  brutalité,
  • Quand l’étourdissement et la saignée sont mal pratiqués par manque de formation, et trop rapidement pour répondre au rythme de travail exigé.

Les éleveurs se sentent dépossédés de leur travail d’éleveur et de leur responsabilité vis-à-vis de leurs animaux.

  • Car l’accès aux espaces d’abattage  leur est interdit pour des raisons sanitaires et sécuritaires, il n’y a pas d’accompagnement possible des animaux,
  • De même il n’y a pas de relations possibles avec les employés, il existe un climat de méfiance qui s’installe. Les éleveurs ne sont nullement assurés de la prise en considération de leurs animaux,
  • Cadence trop élevée.

La rentabilité mise en avant dans les abattoirs  mise sur les gros lots d’animaux standards pouvant être rapidement traités

  • Difficulté d’insertion de petits lots d’animaux,
  • Déclassements voire saisies d’animaux dont la conformation ou la couleur de la viande sont hors standards.

L’opacité des pratiques dans les abattoirs réduit les garanties d’origine

  • Récupération incomplète et fréquente de tout ou partie des animaux, en particulier des sous-produits, ce qui constitue une perte financière et pose problème à l’égard de l’obligation de traçabilité exigée par les éleveurs et les consommateurs. Cela pose problème d’un point de vue moral car la légitimité morale de l’abattage des animaux est fragilisée si une partie importante de la carcasse est gâchée,
  • Abattage sans étourdissement pratiqué sur un très grand nombre d’animaux, bien supérieur à celui qui est nécessaire pour subvenir aux demandes des consommateurs concernés. Ce mode d’abattage n’étant pas précisé sur les produits, les consommateurs n’en sont pas informés. Les consommateurs de viandes halal ou casher ignorent en grande partie les conditions d’abattage des animaux et les manières dont est ritualisé l’abattage.

La mise en avant du respect des normes sanitaires et sécuritaires

  • Empêche la participation des éleveurs à l’organisation et à la reconfiguration de l’activité d’abattage.

Réglementation en vigueur

En France, l’abattage d’animaux de boucherie (bovins, ovins, caprins, porcins, équidés) doit être pratiqué dans un abattoir agréé où est réalisée l’inspection vétérinaire. Cette réglementation est motivée par des impératifs de sécurité sanitaire de l’alimentation, de protection animale, et de respect de l’environnement.

L’abattage à la ferme, là où les animaux ont été élevés, est actuellement limité à l’abattage d’ovins, caprins, porcins, volailles et lapins pour l’autoconsommation (abattage familial).
Cette dérogation ne concerne pas les bovins (y compris les veaux), ni les équidés, et exclut toute commercialisation des viandes. L’infraction à ce règlement expose son auteur à comparaître devant un tribunal correctionnel où il encourt une peine d’emprisonnement de 6 mois et jusqu’à 15 000 € d’amende, ainsi que de fortes pénalités sur les primes agricoles dans le cadre des contrôles de conditionnalité d’amende (article L.237-2 I du code rural).

Sur l’abattoir mobile,  il n’en est pas fait mention dans le règlement  français.

Dans le règlement Européen (CE) N° 1099/2009 sur la protection des animaux au moment de leur mise à mort, il est écrit qu’il est possible aux États membres d’établir des règles nationales pour les abattoirs mobiles :  alinea (40) :

« Les abattoirs mobiles réduisent la nécessité pour les animaux d’être transportés sur de longues distances et peuvent donc contribuer à préserver leur bien-être. Cependant, les contraintes techniques des abattoirs mobiles sont différentes de celles des abattoirs fixes et il se peut dès lors que les règles techniques doivent être adaptées. En conséquence, le présent règlement devrait prévoir la possibilité d’accorder des dérogations pour les abattoirs mobiles en ce qui concerne les prescriptions relatives à la configuration, à la construction et à l’équipement des abattoirs. Dans l’attente de l’adoption de ces dérogations, il convient de permettre aux États membres d’établir ou de maintenir des règles nationales pour les abattoirs mobiles ».

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