Quand l'abattoir vient à la ferme

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Et si l’abattoir venait aux animaux ?

IMPORTANT : Cet article est paru sur le Site de l’AFAAD le 21/09/2016. Il est une bonne synthèse des enjeux et problématiques de l’abattage à la ferme. Il fait également référence à notre Collectif.


La série des 65 propositions rendues publiques hier par la commission d’enquête parlementaire sur les conditions d’abattage entend ouvrir la voie à plus de transparence et de contrôles dans les abattoirs. Et si au lieu de mener les animaux à l’abattoir, l’abattoir venait à eux ?

C’est le sens de la démarche initiée par l’AFAAD au sein du collectif pluridisciplinaire Quand l’abattoir vient à la ferme, piloté par Jocelyne Porcher, directrice de recherche à l’INRA.
Depuis un an, éleveurs, chercheurs, consommateurs, citoyens, artisans bouchers, vétérinaires travaillent ensemble pour que les éleveurs puissent voir naître, vivre et mourir leurs animaux à la ferme.
Projet jugé parfois « utopiste » par certains détracteurs nous opposant volontiers l’ampleur des normes à respecter, le modèle d’abattoir mobile suédois semble pourtant séduire de plus en plus de pays….et de journalistes français.

En introduisant dans sa proposition n°26 la possibilité d’une expérimentation d’abattoirs mobiles dans des départements pilotes, la commission d’enquête parlementaire ouvre enfin le champ à une révolution des usages et des pratiques. Serait-il alors enfin envisageable que les éleveurs puissent être là pour leurs animaux « de leur naissance à leur mort », la réglementation ne leur imposant plus de les abandonner dans des abattoirs ?

Abattre à la ferme, mais que prévoit la règlementation ?

En l’état actuel, le règlement Européen (CE) N° 1099/2009 (sur la protection des animaux au moment de leur mise à mort), prévoit qu’il est possible aux États membres d’établir des règles nationales pour les abattoirs mobiles :  alinéa (40) :
« Les abattoirs mobiles réduisent la nécessité pour les animaux d’être transportés sur de longues distances et peuvent donc contribuer à préserver leur bien-être. Cependant, les contraintes techniques des abattoirs mobiles sont différentes de celles des abattoirs fixes et il se peut dès lors que les règles techniques doivent être adaptées. En conséquence, le présent règlement devrait prévoir la possibilité d’accorder des dérogations pour les abattoirs mobiles en ce qui concerne les prescriptions relatives à la configuration, à la construction et à l’équipement des abattoirs. Dans l’attente de l’adoption de ces dérogations, il convient de permettre aux États membres d’établir ou de maintenir des règles nationales pour les abattoirs mobiles ».

Actuellement, l’abattage d’animaux de boucherie en dehors d’un abattoir est interdit en France, sauf dans certains cas.

Cas 1 : concernant les animaux des espèces caprines, ovines, et porcines, volailles et lapins domestiques ils peuvent être abattus en dehors d’un abattoir, par la personne qui les a élevés ou entretenus, lorsque cette personne en réserve la totalité à la consommation de sa famille.
Cas 2 : les abattages d’urgence par un vétérinaire (pour cause d’accident, ou lorsqu’un animal est gravement malade, blessé, accidenté).
Cas 3 : les dérogations pour la création d’abattoirs mobiles temporaires lors de la fête de l’Aïd (une fois par an).

Abattoir mobile et bien-être animal : quelle réalité ?

Si nous souhaitons le développement des abattages à la ferme c’est avant tout par souci du respect des animaux d’élevage lors de leur mise à mort. Ainsi, les différentes expériences menées en Europe, tendent à démontrer clairement que le niveau de prise en charge du bien-être animal est amélioré dans ce type d’abattage, avec notamment les éléments suivants à considérer :
•    Suppression du transport pour les animaux,
•    Réduction du stress pré-abattage (pas d’attente prolongée en bouverie),
•    Pas de manipulations répétées de la part d’inconnus,
•    Absence de cadences industrielles imposées dans les gestes de mise à mort,
•  Possibilité de répondre à la demande « morale » des éleveurs qui souhaitent accompagner leurs animaux lors de la mise à mort, et s’assurer de la bonne mise en œuvre de l’abattage.

En outre, lorsque l’abattoir vient aux éleveurs, il répond à un besoin économique et territorial permettant de pallier à la baisse du nombre d’abattoirs de proximité.

L’exemple de l’abattoir mobile suédois de la société Hälsingestintan

Récemment, plusieurs articles de presse se sont fait l’écho de l’abattoir mobile suédois créé par l’éleveuse Britt-Marie Steg.  Il y a plusieurs semaines, certains membres de notre Collectif, dont une éleveuse, ont pu longuement se renseigner sur cette solution technique et échanger avec Britt-Marie.
« Je travaille avec une cinquantaine d’éleveurs sélectionnés dans toute la Suède. Je leur achète les animaux, nous venons à la ferme et nous repartons avec les carcasses dans les camions réfrigérés. Elles reposent une dizaine de jours, puis sont découpées et vendues en grande surface. », explique Britt-Marie Steg.

L’article paru sur le site du Monde le 19 septembre dernier explique le fonctionnement de ce camion suédois en détail.

« Le dispositif compte trois véhicules minimum. Un camion frigorifique, un camion équipé d’un bureau et de vestiaires, et le camion principal consacré à la transformation. Ici, on peut débiter jusqu’à 55 bêtes par jour. Cette partie est modulable, l’arrière s’abaisse au niveau du sol et le plafond peut aller jusqu’à six mètres de haut.
A l’intérieur, six carcasses, à différentes étapes de travail, sont suspendues dans la partie transformation. De la mise à mort jusqu’au coup de tampon de certification, ils sont cinq, dont une vétérinaire – payée par l’État – à travailler en simultané. Dans cet espace où chaque centimètre est compté, l’atmosphère est calme et détendue. Deux employés évoluent de haut en bas sur leurs nacelles pour travailler sur les carcasses imposantes, chacun à sa tâche ».

Source : Le Monde, 19/09/2016

A lire également sur le camion suédois : Les abattoirs mobiles et leur traçabilité arrivent en France, 21/09/2016, My Newsdesk

Abattage mobile : d’autres solutions techniques existent

Depuis des mois, notre Collectif a mené un long travail de prospection pour identifier les solutions techniques existantes. Ainsi, si le camion suédois représente un investissement colossal d’au moins 2 millions d’euros, nous avons pu identifier des dispositifs beaucoup plus légers, comme un camion développé en Autriche, quatre à cinq fois moins coûteux, ou un simple caisson d’abattage (dans ce cas, la carcasse est alors traitée dans une chambre froide disponible à la ferme ou dans un abattoir proche).

En outre, comme le rappelle très justement Jocelyne Porcher, « ces abattoirs mobiles doivent être aux mains des éleveurs, car le rapport entre l’homme et l’animal dans ce moment particulier [de l’abattage] ne doit pas se faire dans un temps compressé. (…) ».

Dans l’esprit de nos travaux, la solution technique, n’est là que pour répondre à une demande éthique et morale des éleveurs qui souhaitent (re)-donner du sens à la mort de leurs animaux, et plus encore, l’assumer et ne pas la déléguer à autrui. La contrôler aussi!
C’est donc aussi le rapport que nous entretenons avec les animaux d’élevage que nous interrogeons au niveau sociétal au sein de ce Collectif.

En d’autres termes, reproduire les cadences d’abattage et répondre aux exigences de rentabilité que nous connaissons dans les abattoirs industriels, n’aurait pour nous aucun intérêt, quand bien même la mise à mort se passerait à la ferme.

Nous proposons donc un modèle qui permettent à la fois de réduire le stress des animaux, de redonner du sens au lien homme-animal et plus que tout, un modèle qui laisse le temps d’accomplir ces ultimes gestes dignement et pour l’animal, et pour l’homme.

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